Hommage à Maître Yang Zhenduo

Un Grand Maitre s’en est allé

Yang ZhenduoMaître Yang Zhenduo, troisième fils de l’illustre Grand Maitre Yang Chengfu, descendant de quatrième génération de la famille Yang, est décédé au petit matin du 7 novembre 2020, heure de Pékin, à l’âge de 95 ans.
9e duan chinois, membre du premier comité d’experts de l’Académie Wushu de l’administration générale des sports d’État ; président du conseil d’administration de l’Association Internationale de Tai Chi Chuan de la Famille Yang ; président de l’Association de la Famille Yang du Shanxi ; président honoraire de l’Association de Recherche sur le Taijiquan du Style Yang de l’Association Shanxi Wushu.

Maître Yang Zhenduo est né à Pékin en 1926 à Yanmenzhai, dans le comté de Yongnian, dans la région du Hebei. Depuis son plus jeune âge, il a hérité de la tradition familiale sous la direction de son père et de ses frères. Après la mort de son père, il est retourné dans le Yongnian avec sa mère et a travaillé dur pendant des décennies. Son style de tai chi chuan était élégant et gracieux, avec une force vigoureuse et de la constance.

Le Maître a été diplômé de la septième branche de l’Académie militaire de Huangpu dans ses premières années, et a été transféré au gouvernement provincial du Shanxi dans les années 1960 pour être responsable de la direction provinciale de la remise en forme et des soins de santé.
Depuis 1971, il a enseigné gratuitement le tai chi chuan devant le bâtiment des écritures bouddhistes du parc Yingze de Taiyuan tous les dimanches pendant plus de 40 ans. En conséquence, le Tai Chi Chuan de la Famille Yang, qui était basé dans la ville de Taiyuan, s’est répandu dans toute la province et s’est étendu à l’étranger. Il est devenu un point culminant des arts martiaux du Shanxi.
En avril 1982, l’Association de recherche sur le Tai Chi Chuan de la famille Yang de la province du Shanxi a été créée, et il en a été le président fondateur. En 1998, il a aidé son petit-fils aîné Yang Jun à créer l’Association internationale de Tai Chi Chuan de la famille Yang et a été le Président du conseil d’administration.

Depuis 1985, le Maître a voyagé dans des dizaines de pays et de régions du monde entier pour promouvoir le tai chi. En reconnaissance de sa contribution, il a été nommé maire honoraire de San Antonio, au Texas, en 1996. Le maire de Troy lui a remis la clé d’or de la ville en 1999, et le gouverneur du Michigan lui a remis un certificat de louange en 1999. Le Grand Maître a été la première personne de la famille Yang à aller à l’étranger et à présenter au monde le Tai Chi Chuan de la famille Yang.

Il était sincère et humble, ouvert d’esprit et indifférent à la gloire et à la fortune. Il respectait les anciens et aimait les jeunes à la maison, enseignait aux autres avec patience et sans relâche. Il prônait que « le tai chi dans le monde est une seule famille » et consacrait sa vie, son énergie et son enthousiasme à la diffusion du Tai Chi Chuan de la Famille Yang, et espérait que le tai chi contribuerait à la santé humaine. Il a apporté une contribution fondamentale à la diffusion de la culture du tai chi dans le monde.

Le Grand Maître vivra toujours dans les cœurs de ceux qui l’ont côtoyé.

Source : Newsletter trimestrielle de la Yang Family Tai Chi
Traduction Françoise Desagnat et Jean Claude Miremont

 

Interview de Maitre Yang Jun

Petit-fils de Yang Chengfu et successeur 5ème génération de la famille Yang

En 2009, à l’âge de 84 ans, le Grand Maître Yang Zhenduo a effectué son dernier voyage aux États-Unis pour le Symposium international de Tai Chi Chuan 2009 à Nashville, Tennessee.
Le symposium rassemblait les grands maîtres de cinq écoles traditionnelles de tai chi chuan (Chen, Yang, Wu Hao, Wu et Sun) de Chine pour transmettre et échanger des idées avec les scientifiques et tous les participants. Les grands maîtres étaient Chen Zhenglei (style Chen), Yang Zhenduo (style Yang), Wu Wenhan (style Wu Hao), Ma Hailong (style Wu) et Sun Yongtian (style Sun). C’était la première fois que les cinq grands maîtres apparaissaient ensemble aux États-Unis. Le symposium a aidé les pratiquants de tai chi à comprendre et à apprécier les éléments communs et les différentes nuances des divers styles de tai chi chuan.
Au cours du symposium, une cérémonie privée de disciples a eu lieu et le Grand Maître Yang Zhenduo a accepté Maître Yang Jun et son frère Maître Yang Bin comme disciples du premier cercle de 5ème génération. Il a également officiellement nommé Maître Yang Jun comme le détenteur de la lignée de la 5e génération (Zhang Men Ren) de la famille Yang Tai Chi Chuan.

Qu’aimeriez-vous partager sur la vie de votre grand-père ?
J’aimerais partager ce que je pense être certaines des contributions majeures de mon grand-père au tai chi chuan et à moi personnellement.

J’aimerais partager ce que je pense être certaines des contributions majeures de mon grand-père (qui ont impacté) le tai chi chuan et mon propre parcours.

Tout d’abord, mon grand-père s’est consacré à l’étude du tai chi chuan afin de pouvoir continuer l’art de son père, Yang Chengfu. Il y est parvenu malgré les nombreux défis qu’il a dû relever. Il a commencé à apprendre le tai chi chuan avec son père lorsqu’il avait 5 ans. Vers l’âge de 10 ans, son père est décédé, et il a continué à s’entraîner avec ses frères aînés. La guerre a également commencé avec le Japon, puis la Seconde Guerre mondiale. Elle a été suivie par la guerre civile en Chine. La guerre a fait partie de sa vie de l’âge de 10 ans jusqu’au début de la vingtaine et cela lui a rendu la vie difficile. Lorsque les Japonais ont envahi le Hebei, il s’est installé dans la ville de Xi’an, dans la province du Shaanxi. Au début de sa carrière, mon grand-père est entré à l’académie militaire, est devenu soldat, puis officier dans l’armée. Après la fin de la guerre, il s’est consacré à la pratique du tai chi chuan et a continué à développer ses compétences. Il a fini par s’installer à Taiyuan, dans la province de Shanxi, et a obtenu un emploi au sein du gouvernement provincial où il a dirigé un programme pour la santé et le bien-être des fonctionnaires et leur a enseigné le tai chi. L’une de ses principales réalisations a donc été de pouvoir continuer l’art de son père au lieu d’abandonner en raison des difficultés qu’il rencontrait.

Sa deuxième contribution principale a été de transmettre l’art à la génération suivante. Il a transmis l’art du tai chi chuan à moi, mais également à de nombreux disciples dans le monde entier. Parmi ses frères, mon grand-père est celui qui a le plus diffusé cet art. Dans les années 1970, il a commencé à enseigner en public dans le parc de Yingze à Taiyuan, devant le Cáng jīng lóu (藏经楼). Il y a enseigné bénévolement pendant plus de 40 ans. De là, il a répandu le tai chi chuan dans tout Taiyuan, puis dans toute la province de Shanxi, puis dans de nombreuses régions de Chine, et ensuite il a enseigné à l’étranger. Il a été le premier membre de la famille Yang à enseigner à l’étranger, en Europe, en Amérique du Nord et en Amérique du Sud.

Quel rôle a-t-il joué dans votre vie personnelle ?
Mon grand-père a joué un rôle central tout au long de ma vie. Dès mon enfance, j’ai été élevé par mes grands-parents et je leur suis profondément reconnaissant pour tout ce qu’ils ont fait. Mon grand-père m’a enseigné le tai chi chuan, transmettant cet art à la génération suivante. C’est également lui qui m’a conduit vers une carrière d’enseignant de tai chi chuan. Quand j’étais adolescent ou dans la vingtaine, je n’étais pas sûr de vouloir faire carrière dans l’enseignement du tai chi chuan. C’est grâce à mon grand-père qui m’a continuellement guidé dans cette direction que j’ai eu cette opportunité et aujourd’hui, je lui en suis très reconnaissant. Je peux maintenant poursuivre l’héritage de ma famille, en continuant le travail des générations précédentes. Sans l’influence de mon grand-père, ma vie aurait peut-être pris une autre direction. Il a changé le cours de ma vie.

Pouvez-vous nous décrire sa personnalité ?
J’admirais l’ouverture de cœur de mon grand-père et le considérais comme un modèle de vie. Il était passionné et doux et avait un sourire qui mettait les gens à l’aise autour de lui. Il était attentionné et honnête et avait une grande moralité. Il se concentrait sur ce qu’il pouvait donner aux autres, et non sur ce qu’il pouvait gagner personnellement. Je pense que c’est sa personnalité aimable et chaleureuse et son amour pour les gens qui ont fait que les gens l’ont aimé et respecté et lui ont été fidèles. Certaines personnes l’ont suivi pendant plus de 50 ans. Je lui suis reconnaissant d’avoir vécu une si longue vie.

Yang FamilyComment envisagez-vous l’avenir ?
Mon grand-père a eu beaucoup de succès dans sa vie. Il a continué à pratiquer le tai chi chuan malgré de nombreux défis pour pouvoir continuer cet art. Il nous a transmis cet art, à mon frère et à moi. Il a également répandu cet art dans le monde entier. Il a accompli sa mission. Maintenant, nous pouvons nous tourner vers l’avenir et notre mission

Le décès de mon grand-père marque la fin de la quatrième génération de la famille Yang. Il était le dernier enfant vivant de Yang Chengfu et aussi le dernier disciple vivant de Yang Chengfu. Il n’y a plus de membres de la quatrième génération.

Aujourd’hui, les générations actuelles sont appelées à poursuivre la transmission de cet l’héritage familial. Prenons sa vie comme un modèle pour créer un avenir prospère pour l’art du tai chi chuan de la famille Yang et plus généralement du Tai Chi Chuan dans toute sa diversité, comme « un pont entre les peuples » (comme disait mon grand-père).

Source : Newsletter trimestrielle de la Yang Family Tai Chi
Traduction Françoise Desagnat et Jean Claude Miremont

Les séjours en France de Maître Yang Zhenduo

Témoignage de Duc Nguyen Minh, directeur du Centre de la Yang Family Taichi de Paris

Yang Zhenduo à ParisParmi les pays visités, la France occupe une place privilégiée, pour avoir été la première à accueillir le Grand Maître dés 1986 et la dernière à recevoir ses adieux en 2004. (Deux périodes de 1986 à 1993, puis à partir de 1999 à nos jours.)
C’est en 2009 qu’il a nommé officiellement son petit-fils Yang Jun représentant de l’École YANG 5ème Génération.
A l’initiative de James Kou (séminariste originaire de Hong Kong, à qui l’on doit la 1ère définition du mot tai chi chuan dans le Dictionnaire Larousse), le Grand Maitre Yang Zhenduo est invité en 1986, puis régulièrement pendant les années 80, où il a consacré de nombreux voyages (Suède, USA) pour développer et enseigner le tai chi chuan.
Parmi ses élèves de la première heure, nous ne manquerons pas de citer Raymonde Héliès, qui fut représentante du style à la création de la Fédération FTCCG, ainsi qu’André Leray (nommé disciple en 2005), lesquels ont lancé le développement du style Yang de la Famille Yang en France.
En 1999, qui marque son retour en France à l’initiative du Centre YCF de Pau, le Grand Maitre Yang Zhenduo est invité pour un séminaire de tai chi chuan et de sabre, accompagné de son petit-fils Yang Jun, à qui il passe le flambeau pour enseigner l’arme.

Yang Zhenduo

En 2001, le Centre de la Yang Family Taichi de Paris prit le relais jusqu’à nos jours avec Duc et Carole Nguyen Minh qui invitèrent régulièrement la famille Yang à Paris. D’autres centres, écoles ont vu le jour, à Lyon et à Toulouse, sous l’égide de Thierry Huguet à partir des années 2014, pour représenter le style en France. Le séminaire d’adieu au Grand Maitre en 2004 fut un moment particulièrement émouvant. Les stagiaires de la première heure se mêlaient aux plus récents, affirmant ainsi la continuité de la transmission de l’art familial, par son petit- fils Yang Jun, désormais chef de file. En France comme partout dans le monde, sa patience et sa générosité dans l’enseignement du tai chi chuan resteront un modèle pour tous.
Par ces quelques lignes, nous souhaitons rappeler la grande rigueur morale et la simplicité du Grand Maître Yang Zhenduo, qui aura marqué les esprits tant par son expertise en tai chi chuan que par ses qualités exceptionnelles d’humanisme et d’humilité.

Il aura consacré sa vie, son énergie et son enthousiasme à la diffusion du tai chi chuan de la famille Yang, espérant contribuer à la santé humaine et à la paix dans le monde.

Article de Carole Nguyen Minh, directrice du Centre Yang Chengfu de Paris
Photos de JF Haefelli

 

Les séjours en France de Maître Yang Zhenduo

Témoignage de Claudette Jarnolle et Jean Claude Beaudufe

Maître Yang Zhenduo est arrivé en France dans les années 1985, invité par James Kou, co-fondateur de la Fédération Française de Taichi Chuan (FFTCC). C’est à cette époque-là que nous avons eu la chance de le rencontrer et de participer aux séminaires qu’il animait. Le souvenir de ces jours déjà lointains demeure très vif pour nous et ce sont les moments vécus à ses côtés, son enseignement et sa personne que nous prenons plaisir à évoquer dans notre témoignage.

Yang ZhenduoAu cours des stages qu’il donna à Paris et à Combrit, en Bretagne, nous découvrîmes toute la richesse de son enseignement. Mais notre souvenir le plus marquant reste celui des séjours à Combrit, en Bretagne. Un vaste parc côtoyait la grande maison qui accueillait les stagiaires. C’était un endroit idéal pour la pratique du tai chi chuan. La présence de l’océan tout proche, le calme du parc, le fait que certains d’entre nous pouvaient résider là pendant plusieurs jours, la disponibilité du Maître qui résidait là également, tout concourait à écarter les distractions et à favoriser la concentration des pratiquants pour l’apprentissage intensif de la « forme ». Maître Yang Zhenduo enseignait avec une grande générosité.
Quelques anecdotes demeurent vivantes dans notre mémoire. Comme le Maître ne maîtrisait pas le français et qu’il parlait beaucoup, nous ne comprenions pas toujours bien son enseignement. Alors il manifestait une grande et souriante patience, exécutant sans se lasser le mouvement qu’il accompagnait de gestes et de paroles. Les paroles demeuraient obscures mais les gestes nous donnaient les indications. Cependant, nous nous trompions souvent sur leur sens exact, confondant parfois, dans la démonstration, ce qu’il fallait faire ou ne pas faire ! Par exemple nous eûmes bien des difficultés à comprendre le sens du mot  fansong (relâchement), qu’il prononçait souvent sans que les gestes qui l’accompagnaient ne nous éclairent davantage. Ses gestes étaient si pleins et si puissants que nous n’arrivions pas à comprendre qu’il parlait de relaxation pour obtenir cela. Yao (la taille) était aussi un peu mystérieux à comprendre dans son sens exact.
Un jour, pendant un moment de pause, Maître Yang Zhenduo nous fit un cadeau qui nous impressionna : il nous fit la démonstration des formes d’épée et du sabre. Nous entrevîmes à cette occasion une autre dimension du tai chi chuan.
Quand la journée s’achevait, nous nous retrouvions dans la maison, autour de la table, pour un repas pris ensemble. Chaque soir une petite équipe différente assurait la préparation du repas, toujours gai et convivial. Le Maître avait bon appétit, mais la cuisine française ne lui était pas familière. C’est ainsi que nous eûmes le plaisir de rencontrer son épouse, qui l’accompagna en France l’année suivante, cuisinant pour lui, et parfois aussi pour nous, des mets plus à son goût et délicieux pour nous aussi !
C’est au cours de ces premiers séminaires que nous avons découvert Maître Yang Zhenduo. Nous étions subjugués par la beauté, la puissance, l’équilibre de sa pratique. Nous avons compris dans ces moments que nous avions trouvé notre Maître. Et nous restons encore aujourd’hui admiratifs de sa patience, de son désir généreux de transmettre la forme, de ses qualités humaines exceptionnelles. Aussi, depuis notre première rencontre avec Maître Yang Zhenduo, nous n’avons jamais rompu le contact avec son enseignement, et nous l’avons retrouvé presque chaque année, accompagné de son petit-fils Maître Yang Jun, dans les séminaires qu’il dirigeait en France et dans d’autres pays.

Article de Claudette Jarnolle, directrice de l’école affiliée Yang Family Tai Chi de Limoges

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